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Passer du SMEG au Lacanche : mon retour après 2 ans

Cuisinière SMEG vintage colorée devant des petits carreaux métro en cuisine

On me pose cette question plusieurs fois par mois : « J’ai un SMEG depuis des années, est-ce que ça vaut vraiment le coup de passer au Lacanche ? » Et comme c’est exactement le parcours que j’ai vécu — huit ans avec un SMEG TR90 Victoria, puis un Lacanche Cluny depuis deux ans — je peux répondre autrement qu’avec une fiche technique.

Une précision d’honnêteté avant de commencer : ce que vous allez lire n’est pas une autobiographie au sens strict. C’est une synthèse de ce que ce passage SMEG → Lacanche donne en pratique, observé chez moi et chez la dizaine de clients que j’ai accompagnés sur ce changement précis au fil des années. Quand je dis « j’ai constaté », c’est du vécu terrain compilé — le mien et celui des cuisines dans lesquelles j’ai mis les pieds. Les retours de propriétaires anglophones et francophones que j’ai épluchés sur les forums (Houzz notamment, où les fils sur Lacanche sont une mine) recoupent très largement ce constat. Voici donc le retour le plus honnête que je puisse écrire.

Le contexte : huit ans de TR90, puis le grand saut

Le SMEG TR90 Victoria mixte, je le connais par cœur. Cinq feux gaz, grand four électrique multifonction de 115 litres, ligne néo-rétro qui fait son effet dans une cuisine. Acheté autour de 3 000 € à l’époque (comptez aujourd’hui 3 000 à 3 600 € TTC selon la finition), il a tenu huit ans de service quotidien. Pas huit ans sans accroc — l’horloge a fait des siennes vers la sixième année, un classique de la ligne Victoria que j’ai documenté dans les retours de propriétaires SMEG Victoria — mais huit ans honnêtes.

Puis est venu le moment où le four a commencé à fatiguer sérieusement : thermostat de moins en moins précis, joint de porte à changer une deuxième fois. La question s’est posée : réparer une fois de plus, racheter un SMEG, ou monter en gamme ? J’ai choisi le Lacanche Cluny 1000, en version mixte, autour de 8 000 € avec les options (la fourchette réaliste est de 7 000 à 9 000 € selon la configuration). Deux ans plus tard, voici le bilan, poste par poste.

Ce qui change vraiment au quotidien

La puissance des brûleurs : la première claque

C’est LA différence qu’on sent dès la première semaine. Le brûleur le plus puissant du TR90 plafonne autour de 4 kW, ce qui est déjà très correct pour du domestique. Le gros brûleur du Cluny envoie 5 kW, sur un corps en laiton massif. Sur le papier, 25 % d’écart. À la casserole, c’est plus que ça : la flamme est mieux répartie, la fonte au-dessus encaisse mieux, et le résultat est qu’un grand faitout d’eau arrive à ébullition nettement plus vite, et qu’une saisie de viande dans une cocotte en fonte reste une vraie saisie même quand on charge la pièce.

Revers de la médaille, et je le dis parce que les propriétaires de longue date le répètent tous : le mijotage demande un apprentissage. Même au minimum, les brûleurs Lacanche chauffent fort — un retour anglophone résumait ça en disant que les réglages allaient « de très chaud à nucléaire », et c’est une image que je trouve assez juste. La parade existe et elle est connue de tous les habitués : travailler avec la plaque coup de feu ou un diffuseur en fonte pour les cuissons longues à tout petit feu. Une fois le pli pris, ce n’est plus un sujet. Mais les trois premières semaines, on rate un riz ou deux, je préfère prévenir.

La fonte et la quincaillerie : on change de monde

Prenez une grille du TR90 dans une main, une grille du Cluny dans l’autre. La différence de masse est immédiate — la fonte Lacanche est nettement plus lourde, plus épaisse, et les grilles ne bougent pas d’un millimètre quand on fait glisser une cocotte de 8 kilos d’un feu à l’autre. Sur le SMEG, les grilles étaient correctes mais plus légères, et au bout de huit ans, l’émail des supports avait souffert. Même constat sur les manettes : celles du Lacanche sont en métal plein, avec une résistance mécanique qu’on sent sous les doigts. C’est du détail, mais c’est ce genre de détail qui explique pourquoi on croise des Lacanche de 18 ou 20 ans encore en service quotidien — j’en parle longuement dans mon article sur les retours de propriétaires Lacanche après 10 ans et plus.

Le four : plus homogène, plus réactif

Le four électrique du Cluny m’a réconcilié avec les cuissons longues. Deux différences mesurables par rapport au TR90 fatigué que je quittais, mais aussi par rapport à un TR90 neuf :

  • La montée en température : le four Lacanche atteint 200 °C sensiblement plus vite. Sur une utilisation quotidienne, ce quart d’heure gagné par-ci par-là compte.
  • L’homogénéité : moins d’écart entre l’avant et l’arrière de la sole, des fournées de pâtisserie plus régulières sans tourner la plaque à mi-cuisson. Je nuance : certains propriétaires signalent un fond de four légèrement plus chaud que l’avant sur leur exemplaire, donc ce n’est pas une perfection absolue — mais l’écart avec le SMEG est net.

Le silence : la différence à laquelle personne ne pense

C’est le point que personne ne met dans les comparatifs et que tout le monde remarque en cuisine. Le TR90, comme la plupart des pianos modernes à four électrique, a un ventilateur de refroidissement qui tourne pendant la cuisson et continue de souffler de longues minutes après l’extinction. Le Cluny, de conception plus traditionnelle, n’a pas ce ventilateur de refroidissement permanent. Résultat : quand le four est éteint, la cuisine est silencieuse. Quand on cuisine au gaz, on n’entend que la flamme. Ceux qui ont une cuisine ouverte sur le salon comprendront immédiatement de quoi je parle.

Ce qui ne change pas : un Lacanche ne fait pas de miracles

Il faut le dire clairement, parce que c’est la désillusion classique que je vois chez certains acheteurs : si vous cuisiniez moyennement sur le SMEG, vous cuisinerez moyennement sur le Lacanche. Le piano ne sale pas à votre place, ne surveille pas la cuisson à votre place, et un rôti oublié vingt minutes de trop sera tout aussi sec à 8 000 € qu’à 3 000 €.

Ce que le Lacanche apporte, c’est de la marge : plus de puissance quand il en faut, plus de régularité au four, plus de constance dans le temps. C’est l’outil qui suit quand votre technique progresse. Mais l’inverse n’est pas vrai : il ne fera pas progresser votre technique tout seul. J’ai vu des plats magnifiques sortir d’un TR90, et des plats quelconques sortir de pianos à cinq chiffres. La hiérarchie de notre notation La Toque — Lacanche à 4,4-4,5/5, SMEG à 4,0-4,1/5 — mesure la qualité de l’outil, pas le talent du cuisinier.

Ce qui est moins bien sur le Lacanche (oui, ça existe)

Le nettoyage du four : retour à l’huile de coude

C’est le vrai recul fonctionnel, et je veux être précis parce qu’on lit beaucoup d’approximations. Mon TR90 mixte n’avait pas la pyrolyse — contrairement à ce qu’on croit souvent, sur la ligne Victoria la pyrolyse est réservée à certaines versions, comme des variantes gaz type TR90GP. En revanche, il avait la catalyse (les parois autodégraissantes qui travaillent dès 200 °C) et la fonction Vapor Clean, le nettoyage vapeur assisté. Concrètement, l’entretien du four était à moitié fait tout seul.

Sur le Cluny : rien de tout ça. Un four émaillé classique, une éponge, un produit adapté et vos bras. L’émail Lacanche est de belle qualité et se nettoie bien quand on ne laisse pas s’accumuler, mais il faut une discipline que le SMEG ne demandait pas. Si le nettoyage assisté est un critère majeur pour vous, c’est un point à peser sérieusement avant de signer.

Le design : la sobriété bourguignonne contre le néo-rétro italien

C’est subjectif, mais ça compte dans une décision à 8 000 €. Le TR90 Victoria a une vraie personnalité : galbes, détails chromés, esprit années 50 assumé. Le Cluny est d’une sobriété toute française — des lignes droites, des façades pleines, une élégance discrète qui s’efface derrière la fonction. Plusieurs clients m’ont dit, en passant de l’un à l’autre : « il est magnifique, mais le SMEG était plus décoratif ». Si le côté objet déco néo-rétro était ce qui vous avait fait craquer pour le SMEG, sachez que vous changez de registre esthétique, pas seulement de gamme.

Le poids et la logistique : 160 kg, ça se prépare

Le TR90 pèse environ 115 kg. Le Cluny 1000, environ 160 kg selon la configuration. Ces 45 kg de différence — c’est de la fonte et de la tôle épaisse, et c’est précisément ce qu’on achète — ont des conséquences très concrètes : livraison à deux ou trois personnes équipées, passage des portes à vérifier au centimètre, et un sol qui doit encaisser la charge. Ajoutez le délai de fabrication : un Lacanche est fabriqué à la commande dans son village éponyme de Côte-d’Or, comptez plusieurs semaines à plusieurs mois selon la configuration et la couleur. On ne remplace pas un piano en panne par un Lacanche « pour samedi ».

Le bilan financier : et si on comptait à l’année ?

C’est le calcul qui change la perspective, et c’est celui que je fais faire à tous mes clients hésitants. Raisonner en prix d’achat fait peur ; raisonner en coût par année d’usage remet les choses à leur place.

Poste SMEG TR90 Lacanche Cluny 1000
Prix d’achat constaté ≈ 3 000 € ≈ 8 000 €
Durée de vie retenue 8 ans (vécu) 25 ans (estimation prudente au vu des retours)
Coût par an (hors entretien) ≈ 375 €/an ≈ 320 €/an

Huit ans, c’est ce que mon TR90 a réellement tenu en usage intensif — un usage familial plus doux peut l’amener plus loin. Vingt-cinq ans pour le Lacanche, c’est une estimation que je crois prudente : les retours de propriétaires que j’ai compilés parlent de machines de 16, 18, parfois près de 30 ans avec une seule intervention (une charnière de porte, un thermocouple). À ce compte-là, le piano « cher » revient moins cher à l’année que le piano « raisonnable ». J’ai détaillé toute cette mécanique de calcul, entretien et pannes incluses, dans mon article sur le coût réel d’un piano de cuisson sur 10 ans.

Deux réserves honnêtes sur ce calcul. Un : il suppose que vous restez dans le logement, ou que le piano suit (160 kg, on y revient). Deux : il ne capture pas la valeur de revente — un SMEG de 8 ans se revend quelques centaines d’euros, un Lacanche bien tenu garde une cote d’occasion remarquable, ce qui joue plutôt en faveur du Lacanche.

Est-ce que je regrette ? Et à qui je conseille ce passage

Non, je ne regrette pas. Deux ans après, ce que je retiens : la puissance disponible, la fonte qui ne bronche pas, le four régulier, le silence. Et la sensation, difficile à chiffrer, d’avoir un outil qui sera encore là dans vingt ans.

Mais — et c’est important — je ne dis pas que le SMEG était une erreur. À 3 000 € de budget maximum, le TR90 reste un excellent choix, probablement le meilleur rapport présence/prestation de sa catégorie. Je le redis à chaque client : la question n’est pas « le Lacanche est-il meilleur ? » (oui, il l’est, et il vaut plus du double), la question est « avez-vous le budget ET le projet de durée qui justifient l’écart ? »

Mon arbre de décision, en trois lignes :

  • Budget ≤ 3 500 €, ou installation pour moins de 10 ans : restez sur le SMEG (ou regardez Falcon), vous ne ferez pas une mauvaise affaire.
  • Budget 7 000 €+, maison où l’on se projette 15-25 ans, vraie pratique de cuisine : le passage au Lacanche se justifie pleinement, et le coût annualisé finit même par lui donner l’avantage.
  • Entre les deux : ne vous endettez pas pour un piano. Un SMEG bien entretenu cuisinera très bien en attendant que le projet mûrisse.

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FAQ — Passer du SMEG au Lacanche

Le passage du SMEG au Lacanche vaut-il le coup si mon SMEG fonctionne encore ?

Franchement, non — pas tant que le SMEG rend service. Le bon moment pour basculer, c’est quand une réparation lourde se profile (four, thermostat, carte) sur un piano qui a déjà 7-8 ans. Remplacer un piano en bon état de marche par confort, c’est le seul scénario où le calcul financier ne tient plus.

Le Lacanche est-il plus contraignant à entretenir au quotidien ?

Pour le four, oui : pas de catalyse ni de nettoyage vapeur comme sur le TR90, c’est un nettoyage manuel classique sur émail. Pour le dessus, c’est l’inverse : la fonte massive et l’inox épais du Lacanche encaissent mieux les années que les finitions du SMEG. Globalement, plus d’huile de coude au four, moins d’inquiétude sur le vieillissement.

Faut-il réapprendre à cuisiner sur les brûleurs Lacanche ?

Réapprendre est un grand mot, mais il y a une adaptation de deux à trois semaines, surtout sur le mijotage : même au minimum, les brûleurs chauffent fort. La plaque coup de feu ou un simple diffuseur en fonte règlent la question pour les cuissons longues à petit feu. La puissance en plus, elle, s’apprivoise avec plaisir dès le premier jour.

Que faire de l’ancien SMEG ?

Le revendre, sans hésiter. Un TR90 de 7-8 ans en état de marche trouve preneur en quelques semaines sur le marché de l’occasion, généralement entre 500 et 1 000 € selon l’état et la région. Cela amortit la livraison et l’installation du nouveau. Pensez à fournir les factures d’entretien : c’est ce que les acheteurs d’occasion avisés demandent en premier.

Quel délai prévoir pour un Lacanche ?

Un Lacanche est fabriqué à la commande en Côte-d’Or : comptez généralement de 6 à 12 semaines selon le modèle, la couleur et la période, parfois davantage. Si votre piano actuel est en fin de vie, anticipez la commande — c’est l’erreur logistique la plus courante que je vois sur ce type de remplacement.

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